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CARACH ANGREN Frankensteina Strataemontanus


CARACH ANGREN

Frankensteina Strataemontanus



Goddam ! Les corbeaux sont revenus frapper au carreau…!

Mais comment donc MetalMad TV aurait pu laisser cette funèbre et macabre année 2020 se finir sans chroniquer le dernier album en date de Carach Angren, sorti en juin de cette année maudite !?



Après Lammendam en 2008, le trio emblématique du black sympho hollandais nous avait fait voyager sur des bateaux fantômes dans la brume (Death came through a fantom ship, 2010). Puis nous avait englué dans la tête et les noires pensées d’un bourreau pendant la Seconde Guerre Mondiale (Where the corpses sink forever, 2012) et fait vivre une version cauchemardesque de Hansel et Gretel (This is not fairy tale, 2014) pour enfin « danser et rire au milieu des cadavres » (Dance and Laugh amongst the rotten, 2017)…


Célèbres pour leurs « mâchoires d’acier » et, en concert, pour leurs scénographies funèbres et grandiloquentes (une expérience à ne pas rater), Seregor, Ardek et Namtar sont donc revenus en 2020 avec Frankensteina Strataemontanus.


Et ils nous livrent un album, encore une fois, dit « concept ». Une histoire de monstre pour petits enfants torturés qui aiment se faire peur, et qui se révèle encore de très grande qualité et d’excellente facture, peut-être encore mieux produit que les précédents (on entend carrément la basse !). Un album, qu’il faut, encore une fois, écouter avec les morceaux dans l’ordre et en entier pour profiter au mieux de l’histoire. Et celle-ci nous amène, cette fois, dans le cabinet de curiosité d’un savant fou, cabinet où les bacs à formol remplis de vieux organes s’entassent sur les étagères. Nous voilà donc sur les traces de Mary Shelley, l’autrice de Frankenstein.


Frankensteina débute avec une intro « timburtonnienne » à souhait, dont Carach Angren a le secret : Here in german woodland. Un vieux bonhomme te raconte une histoire sur fond de musique lugubre et tu sais déjà que tu es parti pour un voyage sépulcral de 48 minutes où l’on va convoquer et réveiller les morts. Et passé l’intro, hop, te voilà en train de faire tabasser par la batterie endiablée de Namtar, avec Scourged Ghoul Undead. Une entrée en matière plus qu’efficace. Les cuivres donnent au morceau une ambiance « chapiteau-maléfique-freak-circus-foire-aux monstres » flippante à souhait. Chaque note de guitare est une chauve-souris paniquée sortie d’une grotte…soutenue par le blast d’une caisse claire assez mise en avant (d’ailleurs, on vous a dit que le batteur s’en allait du groupe cette année ? 2020 jusqu’au bout, quoi).


On enchaîne alors sur un piano bien agressif, Frankensteina Strataemontanussuivi de The Necromancer, aux riffs bien gras, qui nous entraîne dans une procession funèbre et nous donne l’impression de marcher au pas parmi les zombies et autres morts-vivants. Le mariage entre les arrangements symphoniques (violons, piano) et brutalité des guitares est jouissif. Voilà bien un morceau où Seregor, au sommet de son art, incarne avec théâtralité le docteur, fasciné par son Prométhée fait de cadavre, son golem issu des cimetières. « Die Entdeckung der schwarze Kuuuuunst* ! ». Que de belles alternances entre chant clair et growls monstrueux !


Sewn for solitude poursuit avec une cascade de violons mélancoliques qui jouent en mineur le drame et les questionnements du monstre nouveau-né. « What have you done… ? Master !!! ». Arrivé à ce stade, on ne comprend toujours pas pourquoi Carach Angren ne réalise pas de B.O pour les films d’horreur. L’équilibre de la production entre orchestrations symphoniques, violons, piano et guitares méchamment distordues atteint la quasi-perfection.


Puis, Operation Compass laisse s’envoler de sombres fumées noires qui semblent tout droit sorties de la boîte de Pandore. Monster, le titre suivant continue dans l’ambiance apocalyptique voire « doomienne » s’il faut inventer des mots. Ricanements, hurlements, cris, Monster, une atmosphère qui fait bien peur. Der Vampir von Nüremberg repart ensuite avec un côté plus dansant et rapide, laissant la part belle à la langue allemande. Après vient The skull with a forked tongue qui n’est pas le morceau le plus marquant de l’album mais qui reste du Carach « pur jus » : breaks improbables, retour au thème principal, changements de phrases, virevoltes au dernier moment pour repartir sur une phrase musicale saccadée… On ne peut quasiment jamais deviner les notes qui vont suivre. On dirait du Frank Zappa, toujours complexe et imprévisible, mais en black sympho.


Le voyage s’achève par un épique et symphonique morceau : Like a conscious parasite I roam. Une apothéose qui finira avec une douce et toujours inquiétante mélodie au piano en guise d’outro. Ça y est. La boucle est bouclée, les 48 minutes sont passées et on en redemande.


Pour ce sixième album, Carach Angren confirme donc, s’il le fallait à nouveau, qu’il sait sublimer l’horreur en beauté. Conclusion : Mention TB, 18/20 minimum.



*La découverte de la magie noire !( im Deutsch)



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